Sunday, 28 September 2008

Nom S, Prénom W

De grands murs blancs. Un escalier aux marches innombrables nous porte en haut, tout en haut de la pièce. Quelques pas, un parcours sinueux au milieu de visages en cage, et on le voit, sombre, prisonnier d'une fresque macabre, éternel témoin de la grandeur de certains hommes. C'est lui. Il est là. Il nous regarde. Il nous capture. Il nous captive. Ses mots reviennent. Tous il nous les jette à la mémoire sans les mettre en bouquet. Être, lune, âme, amour, colère, reine, prince, histoire, voix, fantôme, esprit, sorcière, dieux et démons, dieux et mortels, dieux et punition, et des combinaisons sublimes qui s'enlacent et se perdent ensemble, pour rien, pour plaire, pour le plaisir de perdre, pour le plaisir de vaincre, pour la volupté. Une fois revenus à nous, c'est lui que l'on regarde. Ses yeux ronds, ses paupières massives, ses narines larges et sa lèvre lourde. Sa boucle d'oreille, perdue dans des boucles brunes qui peu à peu abandonnent le haut de son front.

Il sourit. Oui, sa lèvre a frémi. Elle n'a pas bougé. Elle est enchaînée à la toile, figée à jamais, et pourtant fugitive. Ses yeux nous parlent, et avec eux sa bouche s'entrouvre. Non, elle est fermée. C'est une illusion, un mirage terrible, un fantasme peut-être. Quand il nous parle, de si près, et si bas, comme si c'était un secret, ses mots deviennent notres, un présent magnifique, le plus beau de tous. Ses poèmes sont pour nous, nous sommes ses personnages, nous sommes sa Muse et sa poésie, nous sommes son vague à l'âme, sa fatigue et sa joie, nous sommes son pouvoir, son devoir et sa foi, nous sommes sa solitude, nous sommes son espoir, nous sommes sa confiance en la beauté d'une idée qui vous fuit, et là, tout devient clair. Mémoire rime avec art quand il croise son reflet dans le miroir de nos âmes enchantées.

Un pas en arrière. Le lien est brisé. Il est parti. Le bruit revient, la voix des hommes qui n'a rien à voir avec la sienne, pure et pourrie, propre et tachée, douce et dure, comme le sang, comme les larmes, comme l'amour d'une enfant pour le fruit défendu, comme la folie d'un prince trop lucide, comme le pouvoir d'un roi destitué. Nous sommes seuls face à une réalité irréductible.

John Taylor, peinture à l'huile, 552 x 438 mm.


Pauline Peyrade

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