Friday, 5 December 2008

Aden Arabie - Didier Bezace

Dans sa dernière création, Didier Bezace tient la promesse de la saison théâtrale de cette année : Idéals. Aden Arabie, au Théâtre de la Commune, revient sur l'oeuvre de Nizan, pour la saluer dans son ensemble, comme Sartre est venu sauver le manuscrit de l'oubli, selon le même besoin, avec la même révérence, le même amour presque. À travers la peinture d'Aden, on devine aussi d'autres traits à venir, tels les cris étouffés des jeunes auteurs de La Conspiration ou le sourire en coin du Cheval de Troie. Deux portraits de Nizan se font face, l'un dans la préface et l'autre dans le texte lui-même, comme si parler Nizan devenait parler de Nizan, et réciproquement. Le souffle, l'énergie désabusée qui parcourt ses lignes – un grain de désordre perdu dans une implacable régularité –, sa colère muette balaient la scène et s'incarnent dans les gestes et les regards de Thierry Gibault, au point que tout s'impose, simple, presque évident. C'est terrible et magique à la fois. La même impression, la même empreinte que celles que laissent derrière eux les romans de Nizan. On quitte la salle la tête pleine d'images qui s'apposent et se superposent, les étendues désertiques et les ombres qui hantent les rues, ici et là-bas, et puis le négatif de tout cela, Paris à la lumière d'Aden. Magique et terrible.
S' « il ne reste des voyages que de grands désordres d'images », la déroute, le trouble et le silence du champ de bataille, c'est bien un voyage que l'on accomplit avec Daniel Delabesse et Thierry Gibault. Un voyage entre deux ports, à travers une pensée aride et avide d'espoir. Parce que si « l'espoir est fait pour les désespérés » et si c'est par eux seuls qu'on le retrouvera, Nizan espère. Merci pour ce magnifique hommage rendu à la liberté.

Pauline Peyrade

0 comments: